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Sortir du nucléaire n°22

Juillet 2003

Opinion

Altermondialisation et nucléaire

Juillet 2003




Dans le mouvement altermondialisation, tout le monde est contre les OGM, contre la répression syndicale, contre la spéculation financière, etc. Mais, étonnamment, il n’y a pas tout à fait la même unanimité contre l’industrie nucléaire.



Pourtant, le mouvement antinucléaire est mobilisé sur des valeurs fondamentales du mouvement altermondialisation :

- l’intérêt collectif : il s’agit en particulier d’éviter une catastrophe nucléaire

- la solidarité, en particulier avec les générations futures qui ne doivent pas assumer nos déchets nucléaires.

- l’exigence démocratique : toutes les centrales nucléaires ont été imposées aux populations.

Qui plus est, le mouvement antinucléaire est confronté à des problèmes que rencontre aussi le mouvement altermondialisation :

- un lobby puissant (EDF, Cogéma, les gouvernements successifs, etc.)

- une répression policière menée depuis plus de trente ans.

Or, en France, il se trouve que des organisations (ou du moins certains de leurs dirigeants) qui se définissent comme altermondialistes soutiennent l’industrie nucléaire :

- des syndicats de salariés du nucléaire, en particulier la puissante CGT-Energie.

- des partis politiques. Il ne s’agit pas ici de discuter de l’appartenance des divers partis au mouvement altermondialiste. Notons simplement que le Parti communiste français et le Parti socialiste réclament officiellement la construction de nouvelles centrales nucléaires.

Arrêtons nous un moment sur le cas de la puissante composante du mouvement altermondialisation qu’est l’association Attac. Ses principaux dirigeants imposent une position très ambiguë qui consiste… à ne pas se prononcer. Dans un pays ayant 58 réacteurs nucléaires, nous considérons que cela revient à un soutien objectif (« Qui ne dit mot consent »). Mais, alors que nous entrons dans une période cruciale où le lobby nucléaire veut construire de nouveaux réacteurs, cette position est-elle encore tenable ?

On peut lire ici où là qu’Attac n’a pas vocation à se prononcer sur la question du nucléaire. Elle l’a pourtant fait - et tant mieux - concernant les OGM. Aussi, des membres de la direction d’Attac, de toute évidence favorables au nucléaire, se sont fendus d’argumentaires pour essayer de montrer qu’on ne peut raisonner sur le nucléaire comme sur les OGM. On comprend leur angoisse, vu l’adoption quasi unanime des thèses anti-OGM par le mouvement altermondialisation…

Notons d’ailleurs que des sections nationales, comme Attac-Allemagne, se sont résolument prononcées contre le nucléaire…

Nous ne développerons pas ici les raisons qui font que le nucléaire est une industrie à proscrire absolument (catastrophes, déchets laissés en « cadeau » aux générations futures, stérilisation de toute politique d’économies d’énergie et de développement des énergies renouvelables, démocratie étouffée, etc.)

Par contre, les promoteurs du nucléaire avancent quelques arguments qui semblent au premier abord en phase avec les revendications du mouvement altermondialisation :


Préservation des emplois :

Cet argument ne tient pas : de même que pour la fabrications d’armes, etc., il y a des secteurs qui ne sont moralement pas défendables. Bien sûr, il ne s’agit pas de pousser les salariés au chômage et à la misère : le mouvement altermondialisation revendique de toute façon des conditions de vie décentes pour tous. Notons aussi que chacun doit pouvoir gagner sa vie sans avoir à être irradié, ce qui est hélas le cas de nombreux travailleurs du nucléaire, en très grande majorité des précaires, intérimaires.

De plus, le développement des énergies renouvelables est très fortement créateur d’emplois, bien plus que le nucléaire. En Allemagne, plus de 130 000 emplois ont ainsi été créés avec les énergies renouvelables, 250.000 emplois supplémentaires sont prévus d’ici 2010 (étude de l’Institut allemand pour la recherche économique (DIW), citée dans le Rapport environnemental allemand 2002). La sortie du nucléaire est une chance pour l’emploi.

Enfin, notons que le nucléaire ne protège même pas de la privatisation. Le mouvement antinucléaire est quasi unanimement attaché au service public et voit avec dépit le lobby nucléaire préparer la privatisation d’EDF.


Accès pour tous à l’énergie (en particulier habitants des pays du Sud) :

Il existe des projets fous de construction de centrales nucléaires partout sur la planète. Il manque juste un « détail » : la demande des populations ! Or, jusqu’à preuve du contraire, on n’a jamais vu des peuples manifester pour obtenir des centrales nucléaires. Jamais. D’ailleurs, le pays qui construit la majorité des nouvelles centrales nucléaires actuellement est la Chine, pays où les militants antinucléaires (et pas seulement eux) sont des militants morts ou emprisonnés. Le « lobby nucléaire » français travaille pourtant la main dans la main avec la Chine, des salariés d’EDF et/ou Areva y construisent des centrales nucléaires. Le parc nucléaire français a été construit au moyen d’une « corruption légale » (des millions pour les communes « élues ») et d’une forte répression policière. Les mêmes méthodes seraient inévitablement de mise pour la construction de centrales dans d’autres pays, sur d’autres continents. Avec le soutien des ‘nucléo-altermondialistes’ ?


Lutte contre l’effet de serre :

Objectif hautement altermondialiste - à juste titre - depuis que l’importance des questions environnementales est reconnue. L’industrie nucléaire, dégageant peu de gaz à effet de serre, serait la solution incontournable. C’est perdre de vue la seule raison pour laquelle il est effectivement nécessaire de lutter contre l‚effet de serre : il s’agit de laisser une Terre habitable aux générations futures. On voit alors bien à quel point il est inepte de poursuivre cet objectif en contaminant la planète pour des centaines de milliers d’années avec le nucléaire. Autant soigner la peste avec le choléra…

Il apparaît donc que les « raisons » de défendre le nucléaire ne sont liées à aucun objectif du mouvement altermondialisation. Pire, il faut rappeler que le plutonium nécessaire à la fabrication des bombes atomiques s »obtient en faisant fonctionner des centrales nucléaires « civiles ». Voir Irak (réacteur Osirak vendu par la France en 1975), voir Corée du Nord, etc.

Ecrasé par la répression dans les années 80, le mouvement antinucléaire revient aujourd’hui en force. Il représente une très importante composante de l’altermondialisation : des luttes menées depuis plus de trente ans, un potentiel populaire et massif maintes fois démontré, une implantation locale partout en France mais aussi dans de nombreux pays européens, des revendications exclusivement basées sur l’intérêt général et la solidarité.

La lutte contre le nucléaire n’est pas une option, elle est indissociable du mouvement altermondialiste.
Et si l’ouverture du capital d’EDF passait par le nucléaire ?

Si le sujet est controversé sur la place publique, tous les acteurs d’EDF sont, sans surprise, de fervents partisans de l’utilisation de l’énergie nucléaire comme principale source d’électricité en France.

Et les points d’accord entre la direction et les syndicats de l’électricien public se font si rares de nos jours, comme en témoignent les tensions qui entourent la réforme du financement du régime spécial des retraites des agents EDF-GDF, que la question de la relance du nucléaire pourrait bien être un élément central dans le dossier de l’ouverture du capital d’EDF.

Le donnant-donnant que la direction pourrait proposer à EDF se résumerait de la sorte : « assurez-nous une paix sociale au moment de l’ouverture du capital et l’on vous assure une relance massive du nucléaire avec, en prime, un statut spécial pour les agents travaillant directement dans le nucléaire ».

« Il a été dit que le gouvernement peut être tenté d’utiliser la relance du nucléaire comme un élément de consensus social », a noté une source proche des négociations.

La CGT, syndicat majoritaire au sein d’EDF, appelle régulièrement à un lancement de l’EPR, le réacteur nucléaire de troisième génération, et souhaiterait la mise en place d’une convention collective pour l’ensemble des 100.000 salariés du nucléaire, EDF ou non.

(…)

« S’il y a une annonce sur la décision de l’EPR, nous l’accueillerons avec soulagement », a estimé Denis Cohen, secrétaire général de la Fédération Mines et énergie de la CGT.

La question de la relance du nucléaire a été au cœur du débat public sur l’énergie mené par les autorités publiques ces trois derniers mois, qui doit aboutir à un projet de loi d’orientation énergétique d’ici à la fin de l’année.

C’est également à la fin de l’année que les changements nécessaires à l’ouverture du capital d’EDF - la réforme du financement du régime spécial et le changement de statut - devraient trouver leur traduction législative.

« De fait, le point de vue des salariés du nucléaire est un élément important dans la poursuite du nucléaire », a noté Jean-Pierre Sotura, secrétaire général de l’UFICT-CGT (ingénieurs et cadres).

« Utiliser la relance du nucléaire pour s’assurer la paix au sein d’EDF, c’est, du point de vue du gouvernemental, sans doute de bonne politique. Mais cela n’entamera pas la détermination de la CGT sur l’ouverture du capital », a-t-il toutefois ajouté.

Bercy exclut officiellement que le nucléaire puisse être instrumentalisé dans les négociations sur l’ouverture du capital, mais une source proche du dossier a qualifié la proximité dans le temps des textes sur l’orientation énergétique et sur le changement de statut d’EDF de « coïncidence heureuse ».

Extraits d’une dépêche de l’agence Reuters du 21 mai 2003
Stéphane Lhomme

Porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire »

Pourtant, le mouvement antinucléaire est mobilisé sur des valeurs fondamentales du mouvement altermondialisation :

- l’intérêt collectif : il s’agit en particulier d’éviter une catastrophe nucléaire

- la solidarité, en particulier avec les générations futures qui ne doivent pas assumer nos déchets nucléaires.

- l’exigence démocratique : toutes les centrales nucléaires ont été imposées aux populations.

Qui plus est, le mouvement antinucléaire est confronté à des problèmes que rencontre aussi le mouvement altermondialisation :

- un lobby puissant (EDF, Cogéma, les gouvernements successifs, etc.)

- une répression policière menée depuis plus de trente ans.

Or, en France, il se trouve que des organisations (ou du moins certains de leurs dirigeants) qui se définissent comme altermondialistes soutiennent l’industrie nucléaire :

- des syndicats de salariés du nucléaire, en particulier la puissante CGT-Energie.

- des partis politiques. Il ne s’agit pas ici de discuter de l’appartenance des divers partis au mouvement altermondialiste. Notons simplement que le Parti communiste français et le Parti socialiste réclament officiellement la construction de nouvelles centrales nucléaires.

Arrêtons nous un moment sur le cas de la puissante composante du mouvement altermondialisation qu’est l’association Attac. Ses principaux dirigeants imposent une position très ambiguë qui consiste… à ne pas se prononcer. Dans un pays ayant 58 réacteurs nucléaires, nous considérons que cela revient à un soutien objectif (« Qui ne dit mot consent »). Mais, alors que nous entrons dans une période cruciale où le lobby nucléaire veut construire de nouveaux réacteurs, cette position est-elle encore tenable ?

On peut lire ici où là qu’Attac n’a pas vocation à se prononcer sur la question du nucléaire. Elle l’a pourtant fait - et tant mieux - concernant les OGM. Aussi, des membres de la direction d’Attac, de toute évidence favorables au nucléaire, se sont fendus d’argumentaires pour essayer de montrer qu’on ne peut raisonner sur le nucléaire comme sur les OGM. On comprend leur angoisse, vu l’adoption quasi unanime des thèses anti-OGM par le mouvement altermondialisation…

Notons d’ailleurs que des sections nationales, comme Attac-Allemagne, se sont résolument prononcées contre le nucléaire…

Nous ne développerons pas ici les raisons qui font que le nucléaire est une industrie à proscrire absolument (catastrophes, déchets laissés en « cadeau » aux générations futures, stérilisation de toute politique d’économies d’énergie et de développement des énergies renouvelables, démocratie étouffée, etc.)

Par contre, les promoteurs du nucléaire avancent quelques arguments qui semblent au premier abord en phase avec les revendications du mouvement altermondialisation :


Préservation des emplois :

Cet argument ne tient pas : de même que pour la fabrications d’armes, etc., il y a des secteurs qui ne sont moralement pas défendables. Bien sûr, il ne s’agit pas de pousser les salariés au chômage et à la misère : le mouvement altermondialisation revendique de toute façon des conditions de vie décentes pour tous. Notons aussi que chacun doit pouvoir gagner sa vie sans avoir à être irradié, ce qui est hélas le cas de nombreux travailleurs du nucléaire, en très grande majorité des précaires, intérimaires.

De plus, le développement des énergies renouvelables est très fortement créateur d’emplois, bien plus que le nucléaire. En Allemagne, plus de 130 000 emplois ont ainsi été créés avec les énergies renouvelables, 250.000 emplois supplémentaires sont prévus d’ici 2010 (étude de l’Institut allemand pour la recherche économique (DIW), citée dans le Rapport environnemental allemand 2002). La sortie du nucléaire est une chance pour l’emploi.

Enfin, notons que le nucléaire ne protège même pas de la privatisation. Le mouvement antinucléaire est quasi unanimement attaché au service public et voit avec dépit le lobby nucléaire préparer la privatisation d’EDF.


Accès pour tous à l’énergie (en particulier habitants des pays du Sud) :

Il existe des projets fous de construction de centrales nucléaires partout sur la planète. Il manque juste un « détail » : la demande des populations ! Or, jusqu’à preuve du contraire, on n’a jamais vu des peuples manifester pour obtenir des centrales nucléaires. Jamais. D’ailleurs, le pays qui construit la majorité des nouvelles centrales nucléaires actuellement est la Chine, pays où les militants antinucléaires (et pas seulement eux) sont des militants morts ou emprisonnés. Le « lobby nucléaire » français travaille pourtant la main dans la main avec la Chine, des salariés d’EDF et/ou Areva y construisent des centrales nucléaires. Le parc nucléaire français a été construit au moyen d’une « corruption légale » (des millions pour les communes « élues ») et d’une forte répression policière. Les mêmes méthodes seraient inévitablement de mise pour la construction de centrales dans d’autres pays, sur d’autres continents. Avec le soutien des ‘nucléo-altermondialistes’ ?


Lutte contre l’effet de serre :

Objectif hautement altermondialiste - à juste titre - depuis que l’importance des questions environnementales est reconnue. L’industrie nucléaire, dégageant peu de gaz à effet de serre, serait la solution incontournable. C’est perdre de vue la seule raison pour laquelle il est effectivement nécessaire de lutter contre l‚effet de serre : il s’agit de laisser une Terre habitable aux générations futures. On voit alors bien à quel point il est inepte de poursuivre cet objectif en contaminant la planète pour des centaines de milliers d’années avec le nucléaire. Autant soigner la peste avec le choléra…

Il apparaît donc que les « raisons » de défendre le nucléaire ne sont liées à aucun objectif du mouvement altermondialisation. Pire, il faut rappeler que le plutonium nécessaire à la fabrication des bombes atomiques s »obtient en faisant fonctionner des centrales nucléaires « civiles ». Voir Irak (réacteur Osirak vendu par la France en 1975), voir Corée du Nord, etc.

Ecrasé par la répression dans les années 80, le mouvement antinucléaire revient aujourd’hui en force. Il représente une très importante composante de l’altermondialisation : des luttes menées depuis plus de trente ans, un potentiel populaire et massif maintes fois démontré, une implantation locale partout en France mais aussi dans de nombreux pays européens, des revendications exclusivement basées sur l’intérêt général et la solidarité.

La lutte contre le nucléaire n’est pas une option, elle est indissociable du mouvement altermondialiste.
Et si l’ouverture du capital d’EDF passait par le nucléaire ?

Si le sujet est controversé sur la place publique, tous les acteurs d’EDF sont, sans surprise, de fervents partisans de l’utilisation de l’énergie nucléaire comme principale source d’électricité en France.

Et les points d’accord entre la direction et les syndicats de l’électricien public se font si rares de nos jours, comme en témoignent les tensions qui entourent la réforme du financement du régime spécial des retraites des agents EDF-GDF, que la question de la relance du nucléaire pourrait bien être un élément central dans le dossier de l’ouverture du capital d’EDF.

Le donnant-donnant que la direction pourrait proposer à EDF se résumerait de la sorte : « assurez-nous une paix sociale au moment de l’ouverture du capital et l’on vous assure une relance massive du nucléaire avec, en prime, un statut spécial pour les agents travaillant directement dans le nucléaire ».

« Il a été dit que le gouvernement peut être tenté d’utiliser la relance du nucléaire comme un élément de consensus social », a noté une source proche des négociations.

La CGT, syndicat majoritaire au sein d’EDF, appelle régulièrement à un lancement de l’EPR, le réacteur nucléaire de troisième génération, et souhaiterait la mise en place d’une convention collective pour l’ensemble des 100.000 salariés du nucléaire, EDF ou non.

(…)

« S’il y a une annonce sur la décision de l’EPR, nous l’accueillerons avec soulagement », a estimé Denis Cohen, secrétaire général de la Fédération Mines et énergie de la CGT.

La question de la relance du nucléaire a été au cœur du débat public sur l’énergie mené par les autorités publiques ces trois derniers mois, qui doit aboutir à un projet de loi d’orientation énergétique d’ici à la fin de l’année.

C’est également à la fin de l’année que les changements nécessaires à l’ouverture du capital d’EDF - la réforme du financement du régime spécial et le changement de statut - devraient trouver leur traduction législative.

« De fait, le point de vue des salariés du nucléaire est un élément important dans la poursuite du nucléaire », a noté Jean-Pierre Sotura, secrétaire général de l’UFICT-CGT (ingénieurs et cadres).

« Utiliser la relance du nucléaire pour s’assurer la paix au sein d’EDF, c’est, du point de vue du gouvernemental, sans doute de bonne politique. Mais cela n’entamera pas la détermination de la CGT sur l’ouverture du capital », a-t-il toutefois ajouté.

Bercy exclut officiellement que le nucléaire puisse être instrumentalisé dans les négociations sur l’ouverture du capital, mais une source proche du dossier a qualifié la proximité dans le temps des textes sur l’orientation énergétique et sur le changement de statut d’EDF de « coïncidence heureuse ».

Extraits d’une dépêche de l’agence Reuters du 21 mai 2003
Stéphane Lhomme

Porte-parole du Réseau « Sortir du nucléaire »