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Revue de presse

Octobre 2017 / Novethic

Allemagne : Alliés au gouvernement, les Verts sauveront-ils l¹Energiewende ?



Les Verts devraient être associés à la future coalition gouvernementale allemande. Malgré leur très faible score (8,9�%) à la dernière élection législative, beaucoup attendent qu’ils soient les garants d’une décarbonisation du pays, alors que l’Energiewende (la transition énergétique) n’y parvient pas. Encore faudra-t-il convaincre les deux "alliés"� : le CDU/CSU d'Angela Merkel et le FDP.
 

Suite aux élections fédérales allemandes, une coalition entre Chrétien-Démocrates, Libéraux et Verts devraient voir le jour.
Johannes Eiseles AFP
 
 

Pour certains, l’Allemagne est le modèle énergétique à suivre avec toutes les manettes engagées à fond sur les renouvelables et la sortie programmée du nucléaire. Pour d’autres, c’est un contre-exemple qui se traduit par une hausse de la facture des particuliers et un recours accru au charbon. Ces deux typologies d’observateurs vont surveiller de près les conséquences de la nouvelle donne politique outre-Rhin. Elle ne manquera pas de donner une inflexion à l’Energiewende, la transition énergétique allemande. Reste à savoir dans quel sens.

Dans un rapport sur l’énergie publié à la veille des élections <http://www.novethic.fr/lapres-petrole/transition-energetique/isr-rse/quand-la-transition-energetique-allemande-va-dans-le-mauvais-sens-144801.html> , France Stratégie parlait de "la fin des ambitions" et évoquait même une remise en cause des objectifs fixés par le pays. Les résultats de l’élection du 27 septembre pourraient donner raison aux analystes français, tant la surprise du très fort score du parti d’extrême droite AFD rebat les cartes. Avec 12,6�%, il se place à la troisième place derrière les Chrétiens-Démocrates (CDU/CSU) d'Angela Merkel (33�%) et les sociaux-démocrates du SPD (20�%). L’AFD devance les libéraux du FDP (10,7�%), l'extrême gauche de Die Linke (9,2�%) et les Verts (8,9�%).

Trois visions de l’énergie

La chancelière Angela Merkel va passer la prochaine semaine à construire sa nouvelle coalition. A priori, elle devrait regrouper�le CDU/CSU, le FDP et les Verts. L’énergie sera clairement un objet de discorde entre ces différents acteurs qui posent déjà leurs conditions. Le CDU/CSU vise une poursuite du plan actuel avec un soutien massif aux renouvelables, une sortie en 2022 du nucléaire et une diminution progressive du charbon.

"Bien sûr le FDP soutient les objectifs climatiques de Paris. Ce qui nous différencie des Verts, c'est leur politique énergétique idéologique menée à coup de subventions. Nous voulons un système basé sur le marché", prévient le FDP. Il appelle à "une politique énergétique raisonnable" et refuse d’accélérer un retrait immédiat du charbon ainsi que l’instauration d’une taxe carbone. Les Verts réagissent, par la voix du député Cem Özdemir� : "Je ne peux accepter des responsabilités que si le prochain gouvernement commence enfin à réduire les émissions de CO2. Nous avons de bonnes propositions, nous sommes prêts.. C'est sur cette base que nous discuterons avec les autres partis."

À en croire l’analyse du cabinet de conseil Énergie & Développement, il faut s’attendre à un accord a minima qui devrait s’articuler autour du respect des engagements de l’Accord de Paris et la poursuite de la sortie du nucléaire. "Le fait que tous les partis s'engagent clairement en faveur de l'Accord de Paris sur le climat est une bonne base pour la coalition", se satisfait Peter Röttgen, directeur de la Fédération des énergies renouvelables, tout en regrettant l’absence d’une accélération supplémentaire sur les énergies vertes.

Imposer la sortie du charbon

Pour d’autres, l’influence des Verts sera cruciale. "Nous verrons si (cette coalition) favorisera la protection du climat ou ajoutera un autre chapitre à l'échec des gouvernements précédents. Dans les discussions à venir, beaucoup dépendra de la façon dont le parti vert pourra imposer sa volonté d'élimination du charbon", prédit Jan Kowalzig, conseiller climat pour Oxfam Allemagne.

Claudia Kemfert, directrice du département de l’énergie pour l’Institut allemand de la recherche économique, pointe également du doigt le rôle clé des Verts� : "Dans une coalition de conservateurs, de libéraux et de Verts, un certain espoir demeure pour la transition énergétique si les Verts s'attaquent à sa mise en œuvre. Les Verts veulent initier une élimination du charbon et une transition durable au transport. Ce serait au moins les bons pas dans la bonne direction. (…) Dans une telle coalition, il serait décisif que les Verts soient responsables de la transition énergétique".

Sabrina Schulz, directrice du bureau berlinois du Think Tank E3G est extrêmement confiante� : "Une coalition "Jamaïque" (référence aux couleurs des trois parties, ndr) avec la participation du gouvernement vert signifierait� : un retour à une action décisive sur le climat, un plan pour une élimination future du charbon et le moteur à combustion interne". Mais rien n’est encore fait, il faudra encore plusieurs semaines pour trouver un accord politique et voir se dessiner ce que sera l’Allemagne de l’énergie en 2020.

Ludovic Dupin,�@LudovicDupin <https://twitter.com/LudovicDupin>

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