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Sortir du nucléaire n°58

Eté 2013

Notes de lecture

À livres ouverts...

Eté 2013




Comme à chaque numéro, nous partageons avec vous nos impressions sur quelques-uns des livres que nous avons reçus ces derniers mois.



Le Dernier Homme de Fukushima

Antonio Pagnotta, éd. Donquichotte, mars 2012, 244 p., 17, 90 €, disponible en librairie et dans la boutique du Réseau.

Naoto Matsumura est un héros, un résistant. Cet agriculteur cinquantenaire a refusé, en toute conscience des risques pour sa santé, de quitter la zone hautement contaminée de Fukushima à la suite de l’accident nucléaire. Il n’a pas accepté le triste sort que Tepco et le gouvernement réservait aux animaux d’élevages et de compagnie : l’abattage systématique ou l’abandon jusqu’à ce que mort s’en suive. Il a décidé de résister et de rester dans sa ferme, pour témoigner du désastre que peut être une catastrophe nucléaire, pour accueillir et nourrir ces bêtes errantes : chats, chiens, vaches, et même deux autruches d’un zoo voisin.

Sans eau courante, sans électricité, la première année a été extrêmement rude. Il s’est vite retrouvé sans aucune nourriture, ni pour lui ni pour ses bêtes. Il a créé son association et a réussi à faire parler de lui et du drame de l’abandon des animaux. Aujourd’hui les dons arrivent chaque jour, qui lui permettent de survivre et de nourrir ses protégés.

Voilà un combat digne d’un samouraï, seul jusqu’à la mort, le combat d’un homme en colère, défenseur du vivant et de l’humanité. L’auteur, photojournaliste, a pris de grands risques pour vivre aux côtés de Naoto Matsumura, risques pour sa santé et risques d’emprisonnement.

Un récit très touchant, qui se lit comme un roman.

Delphine Boutonnet

Tchernobyl, une catastrophe

Bella et Roger Belbéoch, éd. La Lenteur, 2012, 315 p., 15 €, disponible en librairie.

La présente édition reprend le texte (1993) des éditions Allia. S’y ajoutent une préface et deux textes historiques, de Bella, Responsabilités occidentales dans les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl, en Biélorussie, Ukraine et Russie (1998), et de Roger, Société nucléaire (1990).

L’ouvrage aborde la survenue de la catastrophe, son déroulement et ses conséquences. La première partie, Les prémisses d’une société nucléaire, montre que la propagande en faveur de l’énergie atomique produit la catastrophe, puis, celle-ci réalisée, s’acharne à en nier la véritable origine — la nature physique des phénomènes, et garantit ainsi, et la reprise des affaires, et les conditions d’une catastrophe future. La seconde partie, La chronique d’une catastrophe nucléaire, relate l’histoire complexe de l’accident et du désastre radiologique qu’il a engendré. La troisième partie, Tentative de bilan de la catastrophe de Tchernobyl, développe son titre en insistant sur le fossé infranchissable entre la réalité des dommages sanitaires et le contenu des rapports officiels sur la question. Des témoignages donnent vie à ce bilan terrifiant. Le texte complémentaire de Bella Belbéoch rappelle que les experts occidentaux ont organisé la propagation du déni des séquelles de l’accident. On regrettera cependant ici que les travaux des scientifiques soviétiques et les initiatives pour porter assistance aux populations touchées par la radioactivité et aux liquidateurs n’aient pas été présentés. C’est l’autre face du tableau, la face lumineuse, derrière le miroir que nous tendent les sectataires de l’énergie atomique.

Dans Anatomie d’un nuage (1987) G. Lebovici écrit : ’’La critique qui n’avance pas se lasse, et se lasse d’elle même — ce qui est plus facile que d’en finir avec son objet’’. Cette remarque pose la question d’une réédition 20 ans après…

Le film Chernobyl 4 Ever (2011) de Alain De Halleux révèle le déni du désastre dans lequel est tombée l’Ukraine. Alors, oui, rééditer ce livre est nécessaire. Il répond à l’injonction de L. Feuchtwanger (Erfolg, 1930) face à la montée du nazisme : ’’(…) le seul moyen de changer le monde est de l’expliquer. Si on l’explique de façon plausible, on le transforme discrètement, par l’action permanente de la raison. Seuls ceux qui ne parviennent pas à trouver une explication plausible choisissent de le changer par la violence’’..

Yves Lenoir

Les chevaliers de Thésée

Dominique Levis, Edilivre, 2009, 166 p., 17 €, disponible en librairie.

Dans ce thriller au déroulement digne d’un James Bond, Dominique Levis, informaticien au sein de la police judiciaire, nous raconte la libération d’un terroriste par une organisation secrète visant à voler du plutonium lors d’un transfert afin de fabriquer et larguer une bombe atomique sur un pays d’Orient…

C’est dans le monde de l’investigation et du renseignement familier à l’auteur que ce déroule ce roman d’espionnage. L’inspecteur Legoff de la DST et le capitaine Forestier de la DGSE doivent travailler main dans la main dans cette course contre la montre malgré leur appartenance à deux services secrets français opposés, alors que des personnes proches de l’affaire passent de vie à trépas… L’intrigue nous tient en haleine de la première à la dernière page. Un bon moment de lecture !

Bien que ce soit une fiction, tous ces risques sont bien réels, malgré le discours rassurant de nos gouvernants, que ce soit dans les centrales nucléaires ou lors des convois qui transportent des matières radioactives. Bien entendu, ce n’est pas à la portée de tout le monde, mais pour des personnes bien entraînées et équipées cela ne paraît pas impossible…

Benoît Cachard

Le nucléaire de A à... Z, numéro 6

Revue Z, n°6, automne 2012, 134 pages, 10 €, disponible par abonnement ou dans les points de vente référencés sur www.zite.fr

La revue itinérante d’enquête et de critique sociale Z fait indéniablement partie de ce que la presse indépendante française nous offre de plus intéressant, tant sur le fond que sur la forme, qui fait de chaque numéro un vrai travail éditorial, où trouvent leur place illustrations et expérimentations diverses. Pour "s’immerger dans le cours des événements" afin de mieux les raconter, son équipe choisit à chaque numéro un lieu géographique où elle se rend en camion, qui sert de rédaction mobile – le dernier numéro en date (7) l’ayant poussée jusqu’à Thessalonique, pour documenter les profonds soubresauts de la société grecque en butte à l’offensive ultralibérale qu’on connaît.

Le numéro 6 de Z, qui consacre plus de 90 pages à pas moins de 22 textes et reportages autour du nucléaire, fait exception à ce principe, sans toutefois en trahir l’esprit puisqu’au fil de ce numéro dense, l’itinérance se fait internationale (luttes antinucléaires en Allemagne, en Inde, en Australie, …) et thématique (Fukushima, enfouissement à Bure, réacteurs dits "de 4e génération", convois nucléaires, …), sans manquer de faire un bout de chemin avec les sous-traitants, ces "nomades du nucléaire" trimballés de chantier en chantier. Ce sont d’ailleurs pas moins d’une douzaine de pages denses qui sont consacrées à deux témoignages très révélateurs de sous-traitants et une enquête sur cette pratique de l’industrie nucléaire.

La trentaine de pages qui échappe à la dominante thématique de ce numéro comprend notamment un reportage photographique sur le rapatriement des Kazakhs ayant fui l’ancien régime soviétique, ainsi qu’un long article sur les stratégies de résistance contre la standardisation des semences. Profitons également de cette chronique pour mentionner le passionnant – et glaçant - reportage publié dans le numéro 4 de Z, consacré à l’utilisation délibérée par l’État turc de grands barrages hydroélectriques comme armes à l’encontre de populations kurdes ; où l’on voit que les grandes infrastructures énergétiques, nucléaires ou non, peuvent être en même temps des outils d’oppression...

Xavier Rabilloud

Quinze thèses sur le nucléaire

Signalons enfin aux lecteurs et lectrices intéressé-e-s par les textes théoriques les "Quinze thèses sur le nucléaire" de Jean-Marie Royer, parues dans le tout récent numéro 46 de la revue Écologie et politique (www.ecologie-et-politique.info). Également auteur d’un livre intitulé La science, creuset de l’inhumanité. Décoloniser l’imaginaire occidental, Jean-Marie Royer livre dans ces courtes mais denses thèses, appuyées sur une érudition certaine, une réflexion approfondie sur ce que l’aberration nucléaire dit de notre civilisation.

Xavier Rabilloud

Le Dernier Homme de Fukushima

Antonio Pagnotta, éd. Donquichotte, mars 2012, 244 p., 17, 90 €, disponible en librairie et dans la boutique du Réseau.

Naoto Matsumura est un héros, un résistant. Cet agriculteur cinquantenaire a refusé, en toute conscience des risques pour sa santé, de quitter la zone hautement contaminée de Fukushima à la suite de l’accident nucléaire. Il n’a pas accepté le triste sort que Tepco et le gouvernement réservait aux animaux d’élevages et de compagnie : l’abattage systématique ou l’abandon jusqu’à ce que mort s’en suive. Il a décidé de résister et de rester dans sa ferme, pour témoigner du désastre que peut être une catastrophe nucléaire, pour accueillir et nourrir ces bêtes errantes : chats, chiens, vaches, et même deux autruches d’un zoo voisin.

Sans eau courante, sans électricité, la première année a été extrêmement rude. Il s’est vite retrouvé sans aucune nourriture, ni pour lui ni pour ses bêtes. Il a créé son association et a réussi à faire parler de lui et du drame de l’abandon des animaux. Aujourd’hui les dons arrivent chaque jour, qui lui permettent de survivre et de nourrir ses protégés.

Voilà un combat digne d’un samouraï, seul jusqu’à la mort, le combat d’un homme en colère, défenseur du vivant et de l’humanité. L’auteur, photojournaliste, a pris de grands risques pour vivre aux côtés de Naoto Matsumura, risques pour sa santé et risques d’emprisonnement.

Un récit très touchant, qui se lit comme un roman.

Delphine Boutonnet

Tchernobyl, une catastrophe

Bella et Roger Belbéoch, éd. La Lenteur, 2012, 315 p., 15 €, disponible en librairie.

La présente édition reprend le texte (1993) des éditions Allia. S’y ajoutent une préface et deux textes historiques, de Bella, Responsabilités occidentales dans les conséquences sanitaires de la catastrophe de Tchernobyl, en Biélorussie, Ukraine et Russie (1998), et de Roger, Société nucléaire (1990).

L’ouvrage aborde la survenue de la catastrophe, son déroulement et ses conséquences. La première partie, Les prémisses d’une société nucléaire, montre que la propagande en faveur de l’énergie atomique produit la catastrophe, puis, celle-ci réalisée, s’acharne à en nier la véritable origine — la nature physique des phénomènes, et garantit ainsi, et la reprise des affaires, et les conditions d’une catastrophe future. La seconde partie, La chronique d’une catastrophe nucléaire, relate l’histoire complexe de l’accident et du désastre radiologique qu’il a engendré. La troisième partie, Tentative de bilan de la catastrophe de Tchernobyl, développe son titre en insistant sur le fossé infranchissable entre la réalité des dommages sanitaires et le contenu des rapports officiels sur la question. Des témoignages donnent vie à ce bilan terrifiant. Le texte complémentaire de Bella Belbéoch rappelle que les experts occidentaux ont organisé la propagation du déni des séquelles de l’accident. On regrettera cependant ici que les travaux des scientifiques soviétiques et les initiatives pour porter assistance aux populations touchées par la radioactivité et aux liquidateurs n’aient pas été présentés. C’est l’autre face du tableau, la face lumineuse, derrière le miroir que nous tendent les sectataires de l’énergie atomique.

Dans Anatomie d’un nuage (1987) G. Lebovici écrit : ’’La critique qui n’avance pas se lasse, et se lasse d’elle même — ce qui est plus facile que d’en finir avec son objet’’. Cette remarque pose la question d’une réédition 20 ans après…

Le film Chernobyl 4 Ever (2011) de Alain De Halleux révèle le déni du désastre dans lequel est tombée l’Ukraine. Alors, oui, rééditer ce livre est nécessaire. Il répond à l’injonction de L. Feuchtwanger (Erfolg, 1930) face à la montée du nazisme : ’’(…) le seul moyen de changer le monde est de l’expliquer. Si on l’explique de façon plausible, on le transforme discrètement, par l’action permanente de la raison. Seuls ceux qui ne parviennent pas à trouver une explication plausible choisissent de le changer par la violence’’..

Yves Lenoir

Les chevaliers de Thésée

Dominique Levis, Edilivre, 2009, 166 p., 17 €, disponible en librairie.

Dans ce thriller au déroulement digne d’un James Bond, Dominique Levis, informaticien au sein de la police judiciaire, nous raconte la libération d’un terroriste par une organisation secrète visant à voler du plutonium lors d’un transfert afin de fabriquer et larguer une bombe atomique sur un pays d’Orient…

C’est dans le monde de l’investigation et du renseignement familier à l’auteur que ce déroule ce roman d’espionnage. L’inspecteur Legoff de la DST et le capitaine Forestier de la DGSE doivent travailler main dans la main dans cette course contre la montre malgré leur appartenance à deux services secrets français opposés, alors que des personnes proches de l’affaire passent de vie à trépas… L’intrigue nous tient en haleine de la première à la dernière page. Un bon moment de lecture !

Bien que ce soit une fiction, tous ces risques sont bien réels, malgré le discours rassurant de nos gouvernants, que ce soit dans les centrales nucléaires ou lors des convois qui transportent des matières radioactives. Bien entendu, ce n’est pas à la portée de tout le monde, mais pour des personnes bien entraînées et équipées cela ne paraît pas impossible…

Benoît Cachard

Le nucléaire de A à... Z, numéro 6

Revue Z, n°6, automne 2012, 134 pages, 10 €, disponible par abonnement ou dans les points de vente référencés sur www.zite.fr

La revue itinérante d’enquête et de critique sociale Z fait indéniablement partie de ce que la presse indépendante française nous offre de plus intéressant, tant sur le fond que sur la forme, qui fait de chaque numéro un vrai travail éditorial, où trouvent leur place illustrations et expérimentations diverses. Pour "s’immerger dans le cours des événements" afin de mieux les raconter, son équipe choisit à chaque numéro un lieu géographique où elle se rend en camion, qui sert de rédaction mobile – le dernier numéro en date (7) l’ayant poussée jusqu’à Thessalonique, pour documenter les profonds soubresauts de la société grecque en butte à l’offensive ultralibérale qu’on connaît.

Le numéro 6 de Z, qui consacre plus de 90 pages à pas moins de 22 textes et reportages autour du nucléaire, fait exception à ce principe, sans toutefois en trahir l’esprit puisqu’au fil de ce numéro dense, l’itinérance se fait internationale (luttes antinucléaires en Allemagne, en Inde, en Australie, …) et thématique (Fukushima, enfouissement à Bure, réacteurs dits "de 4e génération", convois nucléaires, …), sans manquer de faire un bout de chemin avec les sous-traitants, ces "nomades du nucléaire" trimballés de chantier en chantier. Ce sont d’ailleurs pas moins d’une douzaine de pages denses qui sont consacrées à deux témoignages très révélateurs de sous-traitants et une enquête sur cette pratique de l’industrie nucléaire.

La trentaine de pages qui échappe à la dominante thématique de ce numéro comprend notamment un reportage photographique sur le rapatriement des Kazakhs ayant fui l’ancien régime soviétique, ainsi qu’un long article sur les stratégies de résistance contre la standardisation des semences. Profitons également de cette chronique pour mentionner le passionnant – et glaçant - reportage publié dans le numéro 4 de Z, consacré à l’utilisation délibérée par l’État turc de grands barrages hydroélectriques comme armes à l’encontre de populations kurdes ; où l’on voit que les grandes infrastructures énergétiques, nucléaires ou non, peuvent être en même temps des outils d’oppression...

Xavier Rabilloud

Quinze thèses sur le nucléaire

Signalons enfin aux lecteurs et lectrices intéressé-e-s par les textes théoriques les "Quinze thèses sur le nucléaire" de Jean-Marie Royer, parues dans le tout récent numéro 46 de la revue Écologie et politique (www.ecologie-et-politique.info). Également auteur d’un livre intitulé La science, creuset de l’inhumanité. Décoloniser l’imaginaire occidental, Jean-Marie Royer livre dans ces courtes mais denses thèses, appuyées sur une érudition certaine, une réflexion approfondie sur ce que l’aberration nucléaire dit de notre civilisation.

Xavier Rabilloud