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A Flamanville comme en Finlande l'EPR est un gouffre financier

Le réacteur EPR d'Olkiluoto 3 construit par Areva-Siemens / LEHTIKUVA / SIPA

04.12.2012 | 14:43

Par Jean-Pierre Frigo (Helsinki)

 

Le réacteur nucléaire EPR de Flamanville est un gouffre financier pour EDF. De nouveaux problèmes techniques et des retards du chantier vont encore alourdir la note de 2 milliards pour atteindre la somme pharaonique de 8,5 milliards d'euros. C'est également la Bérézina en Finlande, l'autre pays en Europe où une centrale de troisième génération est en construction.

En 2005 le réacteur nucléaire EPR de Flamanville devait coûter 3,3 milliards d'euros. En 2008, la facture pour EDF passait à 4 milliards, puis à 6 milliards en en 2001. Dernière estimation annoncée hier par EDF : 8,5 milliards pour une mise en service de ce réacteur de troisième génération d'une puissance de 1.600 mégawatts désormais prévue en 2016. Mais d'ici là, de nouveaux dérapages sont possibles, sinon probables.

Quatre réacteurs EPR sont en construction dans le monde. Deux en Chine et en Europe, avec, outre celui de Flamanville, celui d'Olkiluoto en Finlande. Lancée en 2005, sa construction connaît elle aussi de multiples retards à la suite, notamment, de problèmes et de désaccords entre l'électricien finlandais TVO, l'autorité nucléaire finlandaise STUK, et le consortium Areva-Siemens qui construit le réacteur. Le réacteur qui devait être mis en service en 2009, le sera finalement, au mieux en 2014.

Syndrome Tchernobyl

Les Finlandais avaient déjà mis treize ans pour voter la construction d’une nouvelle centrale. Ayant retenu le projet d’EPR, ils n’ont cessé de harceler Areva-Siemens sur la sécurité.

Les constructeurs pouvaient s'en douter. En 1986, la Finlande a pris "à plein poumon" le nuage nucléaire craché par l’explosion de Tchernobyl, la centrale alors soviétique se trouvant à 800 kilomètres des côtes finlandaises. Rien d’étonnant donc à ce que, dans les années qui suivirent, 70% des Finlandais étaient contre l'énergie nucléaire.
Il aura fallu attendre treize ans, pour que l’Eduskunta (Parlement finlandais) vote en 1999 en faveur de la construction d’un cinquième réacteur dans le pays, l'EPR d’Olkiluoto 3 (nom de code : OL3), sur la côte ouest.

Un petit monstre de 1600 MW

Les retards en chaine ont engendré de telles pénalités pour les constructeurs – on parle de 2 à 3 milliards d’euros – que l’exploitant finlandais TVO pourrait prendre livraison pour un prix finalement dérisoire de ce petit monstre de 1600 MW, joyaux de la technologie de troisième génération…

A l’origine de ce feuilleton devenu un cauchemar pour Areva et Siemens, l’obsession sécuritaire d’un pays qui dispose déjà de quatre réacteurs nucléaires : deux de 470 MW (conception russe) à Loviisa (côte sud-est) et deux de 880 MW (OL1 et OL2, de conception suédoise) à Olkiluoto. C’est là que le cinquième réacteur, celui d’Areva, a été construit (d’où son nom OL3).

Les retards à l’inauguration d’OL3 ont résulté des exigences croissantes de la STUK. L’autorité de sûreté nucléaire finlandaise, est très strictes en matière de critères de sécurité. La STUK a été alertée, puis indignée par ce qu'elle considère comme des négligences d’Areva et Siemens, soupçonnés de tirer ses coûts vers le bas en faisant appel à des sous-traitants indiens ou polonais. Or, dans ce pays, il n’est pas question de badiner avec les normes d’épaisseur d’une cuve ou la qualité des composants d’une conduite d’évacuation.

Pays écologique et productiviste

Il faut dire que la Finlande étant une société assez consensuelle, ses "décideurs" tiennent grand compte de leurs "électeurs-contribuables" (le mot est d’un haut fonctionnaire local…). Et pragmatisme scandinave aidant, les Finlandais sont d’une prudence de lynx.

Mais paradoxalement, cela ne les empêche pas de se baigner en toutes saisons dans les eaux tièdes rejetées par le système de refroidissement des deux réacteurs déjà en fonctionnement OL1 et OL2. Car la direction de la centrale a eu la bonne idée d’installer un luxueux sauna au pied des cheminées d’Olkiluoto !

Cette stupéfiante placidité venant s’ajouter aux énormes besoins énergétiques d’un pays au rude climat et dont l’industrie phare - le bois-papier – est un gros consommateur de Kilowatts, l’idée de doter la Finlande d’un sixième réacteur nucléaire faisait tranquillement son chemin quand est survenue la catastrophe de Fukushima. Le nombre des partisans du nucléaire en Finlande s'est depuis, une nouvelle fois, réduit comme peau de chagrin. D’autant plus que l'énergie renouvelable est en plein essor, avec notamment la construction d’éoliennes à marche forcée.

Ainsi va la Finlande : écologique et productiviste, émotive et pragmatique, sécuritaire et insouciante… Bien des responsables d'Areva et Siemens, doivent se dire qu'ils auraient dû éviter ce pays. En comparaison, tout si simple en Chine. Des quatre EPR en construction dans le monde, les deux construits dans ce pays, sont aujourd'hui les seuls à respecter le calendrier prévu…


Voir en ligne : My Europ



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