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Revue de presse

Juin 2017 / Huffington Post / Blogs

4 priorités pour que le quinquennat de Macron ait un impact positif sur le climat




Le sujet est trop important pour dépendre de considérations purement politiques, trop sérieux pour être traité par effets d'annonce.
 



Philippe Wojazer / Reuters / priorités pour que le quinquennat de Macron ait un impact positif sur le climat.
 
Trump a remis au goût du jour les joutes diplomatiques entre les États-Unis et l'Union européenne sur le champ climatique. L'annonce de leur retrait de l'Accord de Paris <http://www.huffingtonpost.fr/2017/06/03/emmanuel-macron-etait-finalement-trop-optimisme-en-disant-au-g_a_22123838/?utm_hp_ref=fr-accord-de-paris> a ainsi donné aux dirigeants du vieux continent l'occasion de réaffirmer leur engagement en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En particulier, Emmanuel Macron s'est posé en leader de l'action en faveur du climat.
 
Le gouvernement proposé par le Président de la République a déjà cherché à dissiper les doutes que le candidat avait laissé subsister chez certains. La nomination de Nicolas Hulot <http://huffingtonpost.fr/tag/nicolas-hulot> en tant que ministre de la transition écologique et solidaire, deuxième dans l'ordre protocolaire, envoie un message politique fort. On peut espérer que la lutte contre le changement climatique sera bien l'une des priorités de ce quinquennat.
 
Cependant, face à la lourde décision prise par Trump, nous aurions tort de nous laisser enfermer dans nos querelles franco-françaises : les réponses à apporter au défi climatique doivent dépasser la sempiternelle opposition entre nucléaire et renouvelables. Une collaboration efficace entre le ministre chargé de l'énergie, ancien militant écologiste, et le chef du gouvernement, qui a réalisé une partie de sa carrière chez Areva, pourra incarner le dépassement de ce clivage.
 
Le sujet est trop important pour dépendre de considérations purement politiques, trop sérieux pour être traité par effets d'annonce. Il est urgent de dépassionner les débats et d'opter pour une approche rationnelle du problème. La transition énergétique, défendue par les uns, pourfendue par les autres mais définie par aucun, révèle bien cette incurie. Quelle transition souhaitons-nous vraiment engager ?
 
Définir une priorité : diminuer les émissions de gaz à effet de serre
 
C'est désormais chose connue : le changement climatique <http://huffingtonpost..fr/tag/rechauffement-climatique> est principalement dû aux émissions de gaz à effet de serre. Notre priorité doit être de les réduire. Ni le nucléaire ni les énergies renouvelables n'en émettent. Mais plus des deux tiers de notre consommation finale d'énergie provient encore des énergies fossiles : 45,1% pour le pétrole, 19,1% pour le gaz et 3,3% pour le charbon. Elles pèsent en outre sur notre balance commerciale car nous les importons massivement.
 
Face à ce constat objectif, l'opposition entre nucléaire et renouvelables nous fait manquer l'essentiel. Il ne faut donc pas s'y tromper : la priorité de l'action en faveur du climat réside d'abord dans la réduction de notre dépendance aux énergies fossiles, bien avant le déploiement massif d'éoliennes ou de panneaux solaires.
 
Réduire notre dépendance aux énergies fossiles
 
Pour agir efficacement, il est nécessaire d'identifier les priorités en ciblant d'abord les secteurs les plus émetteurs. Aujourd'hui, près de la moitié de nos émissions provient des transports (28%) et du chauffage dans le résidentiel tertiaire (20%). Des marges de progression substantielles existent qui doivent dès aujourd'hui concentrer le plus gros de nos efforts et de nos ressources. Les leviers d'action sont connus : électrification des transports et hausse de la fiscalité des carburants, d'une part ; rénovation et isolation du bâti et développement des réseaux de chaleur d'autre part. Voilà deux chantiers sur lesquels il sera possible d'obtenir rapidement des résultats significatifs.
 
Anticiper les évolutions sur le marché de l'électricité
 
Ces priorités ne doivent pas pour autant occulter les dysfonctionnements majeurs du marché de l'électricité, sur l'ensemble de la plaque européenne en général et dans l'Hexagone en particulier. Ainsi, le déploiement subventionné d'énergies renouvelables conduit à une situation de surcapacité de production : alors que la consommation d'électricité stagne voire diminue, l'offre continue de croître.
 
En conséquence, les prix de marché s'effondrent et les marges d'exploitation des électriciens se dégradent. Le consommateur ne s'y retrouve pas pour autant, car il est mis à contribution pour financer les contrats conclus hier pour des énergies qui seront compétitives demain. En France, nous y consacrons 6 milliards d'euros par an ; outre-Rhin, cette somme atteint 23 milliards. Il est aujourd'hui nécessaire de contenir l'explosion de ces dépenses publiques.

En outre, le précédent gouvernement n'a pas pris les décisions qu'impose la situation actuelle de notre parc nucléaire. En effet, trois centrales sur quatre arriveront en fin de vie théorique au cours de la prochaine décennie. Le candidat Emmanuel Macron a suspendu la décision de prolongation de la durée de vie de nos centrales aux avis de l'ASN, qui doivent être rendus en 2018. D'ici là, les scénarios de réduction de la part du nucléaire dans notre mix doivent être sérieusement préparés. On ne peut plus se contenter de décisions politiques comme la fermeture de Fessenheim sacrifiée sur l'autel de la transition énergétique.
 
Opter pour une transition écologique ambitieuse
 
Les orientations fixées par la loi de transition énergétique sont l'expression de la volonté générale et s'imposent au nouveau gouvernement. Mais on peut néanmoins interroger le rythme retenu pour cette transition, qui dépend d'abord de contraintes techniques et industrielles. Aussi est-il urgent de réviser dans la loi l'horizon fixé pour la réduction de notre dépendance au nucléaire afin de l'atteindre à moindre coût.
 
La transition écologique ne pourra pas se réduire à ces seuls arbitrages. Aucune transition vers une économie sobre en carbone ne pourra être envisagée sans qu'un prix crédible n'ait émergé, d'abord en Europe puis dans le monde. Le rapport que viennent de rendre public les économistes Nicholas Stern et Joseph Stiglitz en apporte une nouvelle démonstration. C'est la condition essentielle pour que les acteurs publics et privés trouvent leur intérêt dans cet objectif ambitieux : décarboner notre économie à moindre coût.

Bnjamin Fremaux, spécialisé dans le conseil en fusions et acquisitions dans les secteurs de l'industrie, de l'énergie et des infrastructures, auteur pour l'Institut Montaigne de la note "Énergie : priorité au climat" <http://www.institutmontaigne.org/fr/publications/energie-priorite-au-climat>


 

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Thèmes
Nucléaire et climat